Pensees qui voguent vers Paris
Je suis dans le train. Un train qui me ramene a Paris, de Bretagne. Quand je pense que ca fait plus d’un an… mais sourtout quand je pense que ca fait plus de 10 jours que je suis rentree de ce long voyage,et qu’il me semble deja tellement loin derriere moi. Les nouvelles que je recois des gens avec qui j’ai voyage sont comme des fantomes venus du passe. Je regarde mes photos, et ce sont des images, figees, d’un temps qui ne sera plus. Plus maintenant. Plus pour un bout de temps.
J’avais besoin de ce repit. 10 jours en Bretagne m’ont fait du bien, m’ont permis de retomber sur mes pieds, plus ou moins, avant de me lancer dans la vraie aventure parisienne. Qui me fait un peu peur. Est ce que le monde a change? Est-ce que j’ai change? Est-ce que je pourrai reprendre ma place? Est-ce que j’en aurai envie?
C’est deja dur pour moi, de ne plus etre seule mais d’etre entouree de gens qui me connaissent, qui sont autour de moi. Qui m’observent, un peu. Quand j’etais seule, si un jour je ne me sentais d’attaque a rien, ou j’etais envahie de doutes, ou j’avais besoin de reflechir, ca se faisait tout naturellement. Soit parce que j’etais seule et que je pouvais prendre le temps de me remettre en selle, soit parce que j’etais avec quelqu’un que je connaisais depuis peu. Je n’avais donc aucun besoin de me justifier. Soit je me confiais a lui, soit je ne disais rien, mais c’etait toujours mon choix. Alors que la… je sens que je dois me justifier si j’ai besoin de passer la journee au lit, de me cacher si j’ai les larmes aux yeux, de ne pas repondre au telephone si je ne m’en sens pas la force. Je me sens obligee de me cacher, pour ne pas faire de peine, ne pas decevoir, et malheureusement ca m’empeche de me remonter aussi vite que je le devrais.
L’avantage de voyager en solo c’est que l’on parle beaucoup moins de soi. A part peut etre a son blog… mais sinon les conversations sont en general en tous cas au debut plutot superficielles. De maniere agreable, d’ailleurs. Et du coup on porte beaucoup moins d’attention a ce que l’on ressent. Quand on ne l’exteriorise pas, ca prend tout de suite enormement moins d’importance.
C’est ainsi que j’ai appris toute cette annee a ne plus me plaindre. D’abord parce que je n’avais personne pour m’ecouter. En plus me plaindre n’aurait eu aucune utilite puisque personne ne m’aurait plaint, n’aurait pu me rassurer. En gardant tout en moi, les emotions passaient beaucoup plus vite. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de voyageurs qui ont ete etonnes par ma patience. Vous pouvez demander a Brian, a Galen, a Andy, a Sara, des gens qui ont voyage avec moi longtemps, ils temoigneront tous que jamais je ne me suis plaint. Jamais, meme, et peut etre surtout, quand nous etions dans des situations legerement delicates. Pas une seule fois. Ca me fait rire d’imaginer mes parents lire ca, ou mes anciens collegues et amis de travail, enfin tous ceux qui me connaissent bien, parce qu’il me semble bien que j’ai entendu plus d’une fois ‘arrete de te plaindre!’. C’est l’activite la moins saine du monde. Heureusement, c’est fou ce qu’elle vous quitte vite. Mais en revanche la tentation de se plaindre revient a l’attaque des qu’on baisse la garde.. et des qu’on se retrouve dans un environnement familier ou tout d’un coup vous avez quelqu’un qui voit que vous ne vous etes pas leve de la journee, que vous tirez la gueule, et que donc il y a un truc qui va pas. Alors il faut bien trouver un truc a dire…
Enfin demain je revois mes amis, j’ai l’impression de les avoir quittes hier et je le sais deja avant de les avoir vus. Et ce soir je dormirai dans mon lit, avec mon petit singe. Et maintenant je sais que s’il y a vraiment une chose qui m’a manque plus que tout, c’est pas la bouffe, c’est pas mes vetements, mes chaussures, mes sacs, mon seche-cheveux, mon portable. Non tout ca je sais que je peux vivre sans, tant que je suis pas a Paris. Non c’est mon lit dont j’ai besoin. C’est lui qui m’a manque.




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