Compare and contrast

Comme on dit en anglais. Ca rappellera a certains les commentaires de texte de cours d’anglais. Mais la c’est de deux villes dont je voudrais parler, Bangkok, et Benares, en Inde. Juste parce que ca fait un lustre que je voulais ecrire sur Bangkok et que je l’ai jamais fait, et que Benares, j’y suis, jusqu’a demain matin. Une ville dans laquelle j’ai vecu un peu, il a y longtemps, le gros carrefour d’Asie du Sud Est, la ville dans laquelle tout est possible et presque tout est permis, Bangkok. Et Benares, c’est l’Inde dans toute sa splendeur, la ville sacree des bords du Gange, une ville ancienne, spirituelle, coloree, qui n’a pas son pareil.
Le point commun le plus evident entre ces deux villes c’est sans aucun doute la chaleur, completement ecrasante et pas du tout agreable quand elle decide de frapper. Les deux villes sont traverses par un fleuve extremement sale, le Chao Phraya en Thailande, et le Gange en Inde a cette difference pres que le Gange est sacre, et ‘pur’ au sens spirituel du terme. Etre touriste a Bangkok ou a Benares est epuisant, fatigant, et prenant. La chaleur nous ramollit, la foule nous assomme, les vendeurs de rues nous envahissent, et finalement il y a peu de choses a voir, il y a juste a s’impregner.
Mais dans les deux cas on ne repart pas indifferent, ca c’est sur. La plupart des gens de passage a Bangkok detestent cette ville, la trouvent infestee de touristes, d’arnaques, de tourisme sexuel, pas particulierement belle et somme toute sans interet. Moi il me semble que Bangkok est unique. Comment dire que l’on adore ou que l’on deteste Bangkok? Bangkok c’est comme la vie, il y a des tonnes de bon et des tonnes de mauvais. On y trouve le paradis et l’enfer, c’est un reve et un cauchemar, ca donne envie de s’enfuir et d’y vivre. Et on n’atteint jamais l’equilibre, on balance tout le temps entre aimer ou detester. Sauf que ces mots perdent de leur sens, on ne peut pas vraiment reagir a un endroit comme Bangkok, on subit, son enchantement, son tourbillon.
A Bangkok j’ai vecu comme une pacha dans l’hotel 5 etoiles d’Helodie, de passage a Bangkok. Nous avons partage des vraies conversations de fille, et mon Dieu mon Dieu que ca m’a fait du bien, chaud au coeur de me souvenir ce que ca fait de parler a une amie. Que je connais si peu pourtant… J’ai revu Benoit, mon vieux pote d’ecole qui est a Bangkok depuis 6 ans maintenant, mais non il n’a pas change, et oui meme apres 6 ans a Bangkok il continue a mouiller sa chemise en moins de 3 minutes des qu’il met un pied dehors. J’ai revu Damien, mon ancien chef chez Publicis, et sa femme. Je leur ai raconte quelques histoires de voyage, je crois que ca les a fait rire. Et enfin j’ai revu Damien, le vrai, le grand, enfin le petit, mon frere! Apres plus d’un an sans l’avoir vu, nous avons passe une journee entre deux avions avec Anne-Elodie, et ce fut la famille presque au complet! Enfin le plus complet possible… Donc de beaux moments, j’ai eu droit a de beaux moments.
Benares evidemment c’est pas la meme, a part le lezard mangeur de moustiques dans ma chambre, j’ai pas d’amis. Enfin pas d’ami fixe, et c’est volontaire, ce serait dommage de ne pas creer sa propre errance dans Benares, trouver son propre moyen de se perdre dans ses ruelles etroites, encombrees d’ordures, de vaches, de temples, de gens, de velos, de bouses, d’eau poisseuse, de mendiants, de rickshaws, d’urine, de chiens, et en gros de tout ce qui peut se faire dans une rue. Mais la reine de Benares, c’est la riviere. Le lever du soleil sur la riviere, alors que des centaines de pelerins ou de locaux font leurs ablutions, ou boivent du the sur les immenses marches qui descendent dans l’eau croupie, ou lavent leur linge, ou font leurs exercices de yoga, ou meditent…est completement magique. L’animation est la toute la journee mais c’est le matin vers 5h30 que c’est le plus saisissant, la ville fretille deja, prend une grande gorgee de spiritualite dans le fleuve sacre, histoire de se reveiller.
Le spectacle a Benares est sans fin, a chaque detour. Le plus connu et impressionnant est surement celui de ces familles qui amenent un de leurs proches defunt, le purifient dans le Gange, enveloppe d’un drap de soie, puis remontent le corps sur les bords de la riviere ou il est depose sur un immense brasier. On voit les flammes s’elever dans le ciel, le drap prendre feu, l’odeur de viande brulee qui s’eleve quand le corps prend enfin feu, puis se consume pendant quelques heures, jusqu’a ce que le bois du brasier soit entierement brule.
On y croise ces hommes et femmes qui viennent de toute l’Inde, et se font raser la tete pour quelques roupies, avant d’aller offrir leurs cheveux au fleuve sacre. Meme rituel pour les enfants, quand ils arrivent a l’age de 3 ans environ. Et les sadhus, ces hommes hindous qui vivent pour la priere, denues de toutes possessions, habilles d’une jupe orange, les cheveux generalement gris et enroules en epais dreadlocks sur le dessus de la tete comme un mega chignon. Ils badigeonnent leur corps de cendres, et aux heures de prieres se contorsionnent pour faire leur yoga. On dirait des possedes. Et les hommes, tous les hommes de la ville, qui ont en permanence la bouche remplie de bethel qui leur donne les dents marrons et les levres rouge sang. Ils laissent macerer dans leur bouche pendant un temps fou, ce qui les fait saliver comme c’est pas permis, du coup quand ils parlent, a n’importe quelle occasion, ils soulevent le menton et parlent comme s’ils etaient en plein milieu d’une gargarisation, la bouche remplie de liquide. Du coup que c’est drole de leur faire une grosse grimace qui les fait sourire, et cracher toute la potion qu’ils etaient en train de savourer. Et tout ca se deroule sous l’oeil des vaches, innombrables a Varanasi, et des singes qui observent du haut des toits et lancent des pierres parfois pour se faire respecter. Les rues s’entrelacent, etroites, et on ne sait jamais ou elles menent, a l’image de ce qu’inspire Benares, qu’on appelle aussi Varanasi. C’est affreusement sale, les indiens ont un sens de l’hygiene extremement peu developpe, on se fait harceler par des petits jeunes en chaleur en permanence, ou bousculer a tout bout de champ par des hommes qui n’ont trouve que ca pour toucher une occidentale, on a envie de pleurer parfois en cherchant un hotel et en voyant certains taudis, on se bouche le nez sans arret en passant dans certaines ruelles envahies de mouches, et d’odeurs ignobles, on attrape inevitablement la coulante. Mais quel spectacle saisissant, enrichissant, dans cette ville reputee pour etre une des plus anciennes du monde, que de couleurs, de sensations, que de vie. Et c’est la, je pense, qu’on rejoint Bangkok.


One Response to “Compare and contrast”

  1. Cops, j avais loupe ce sympathique texte. C est tjs autant un regal de te lire! Le retour approche … impatiente d entendre tt ca de vive voix !
    bisous

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